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40 anecdotes sur « Les Affranchis », le plus grand film de gangsters


1. Après Mean Streets en 1973 qui s’intéressait aux petits voyous de Little Italy (notre chronique ici), Martin Scorsese s’était juré de ne plus faire de film de gangsters.

Après avoir lu Wiseguy: Life in a Mafia Family, la biographie du repenti Henry Hill écrite en 1985 par Nicholas Pileggi, il a cependant immédiatement contacté ce dernier pour lui dire que « c’est le livre qu’il a attendu de lire toute sa vie ». Ce à quoi Pileggi lui a répondu : « C’est le coup de fil que j’ai attendu toute ma vie. »

2. Assez paradoxalement, Marlon Brando a tenté de convaincre Martin Scorsese de ne pas réaliser Les Affranchis. Pour l’inoubliable Vito Corleone dans Le Parrain, le réalisateur s’apprêtait à plomber sa carrière en faisant l’erreur de se répéter.

3. Lors d’un repas entre Hill et Pileggi en vue de préparer le livre, Hill s’est à un moment absenté pour aller aux toilettes. Lorsqu’il est revenu quelques minutes plus tard, il a pressé Pileggi de quitter les lieux au plus vite.

« Il m’a dit ‘Il faut qu’on parte d’ici tout de suite’. En regardant derrière moi, j’ai aperçu le maitre d’hôtel en sang. Il l’avait frappé avec une bouteille de vin. J’ai alors demandé à Henry ce qui c’était passé, il m’a juste répondu que ce dernier avait ‘fait le malin’. »

4. Vingt-neuf ans avant The Irishman, Les Affranchis aurait pu marquer la première collaboration entre Martin Scorsese et Al Pacino : avant d’échouer à Robert De Niro, le rôle de Jimmy Conway lui avait en effet été offert en première intention.

Tout juste sorti du Parrain III, Pacino a refusé parce qu’il ne voulait pas jouer à nouveau un gangster, de peur d’être catalogué définitivement dans ce type de personnage.

[Très paradoxalement, quelques mois plus tard il a néanmoins accepté de jouer Big Boy Caprice dans Dick Tracy de Warren Beatty.]

Pacino a admis plus tard avoir beaucoup regretté ce choix, lui qui par le passé avait déjà dit non à bon nombre de rôles prestigieux (Han Solo dans Star Wars, John Mcclane dans Die Hard, Edward Lewis dans Pretty Woman…).

5. Lors du tournage, Robert De Niro appelait jusqu’à sept à huit fois par jour Henry Hill pour connaître le moindre détail sur Jimmy Burke (le gangster qui a inspiré son personnage de Jimmy Conway), de la manière dont il tenait sa cigarette à la façon dont il tenait une bouteille de ketchup.

6. Détail qui n’en est pas un donc : durant tout le film, les montres et bagues que porte Jimmy s’assortissent à ses tenues.

7. Autre lubie de l’acteur : afin d’être le plus en phase possible avec l’ambiance dans laquelle baignait le crew, il a exigé de la production que les billets de banque vus à l’écran soient des vrais billets de banque !

8. Pour sa part, Ray Liotta a vu Scorcese lui refuser de rencontrer Henry Hill. Tout juste a-t-il eu droit d’entendre sa voix via les cassettes qu’il avait enregistrées lors de la rédaction de Wiseguys.

« C’était particulièrement agaçant parce qu’il mangeait des chips et parlait la bouche plein » dira plus tard Liotta.

9. Après avoir passé auditions sur auditions pendant presque une année, Ray Liotta a bénéficié d’un petit coup de main de Robert De Niro qui lors d’une soirée l’a recommandé à Martin Scorsese, quand bien même des acteurs du calibre de Sean Penn, Tom Cruise et Alec Baldwin étaient considérés.

10. Liotta a finalement rencontré Hill une fois le film terminé.

« Nous avions rendez-vous avec son frère dans un bowling. Quand il m’a vu, la toute première chose qu’il m’a dit c’est ‘Merci de ne pas m’avoir fait passer pour une ordure !’… Je me suis demandé s’il avait vraiment vu le film. »

11. Pour plus d’authenticité, de vrais gangsters ont été recrutés au casting : Louis Eppolito (Fat Andy), un ancien policier travaillant en sous-main pour la mafia qui sera condamné en 2006 à perpétuité pour meurtre ; Tony Sirico (Tony Stacks/Paulie des Soprano), arrêté 28 fois avant même d’avoir fêté ses 30 ans ; Tony Darrow (Sonny Bunz), qui en 2004 a été inculpé pour extorsion pour le compte de la famille Gambino…

D’après Pilegi, quand la production leur a demandé leurs papiers pour signer leurs contrats, bon nombre d’entre eux ont fourni de fausses pièces d’identité et de faux numéros de sécurité sociale.

12. Engagé au départ pour jouer Tommy DeVito, Joe Pesci a ensuite eu la mauvaise surprise d’apprendre que Martin Scorsese avait entretemps changé d’avis et voulait qu’il joue à la place Paulie car il le trouvait trop âgé (Pesci avait 47 ans en 1990).

Loin d’être ravi par la nouvelle, il l’a d’abord appelé pour l’insulter au téléphone. Une fois calmé, il s’est excusé, puis est allé voir un ami à lui maquilleur pour qu’il le rajeunisse (perruque, étirement des pattes d’oie…).

Grimé de la sorte, il a réussi à convaincre Scorsese de changer à nouveau d’avis.

13. Calqué sur le Thomas ‘Two-Gun Tommy’ DeSimone, un gangster connu pour son tempérament colérique et ses excès, le personnage de Tommy DeVito serait selon Henry Hill « à entre 90 et 99% vrai ».

Deux différences sont néanmoins à relever : de un, contrairement à Joe Pesci qui dépasse à peine le mètre 60, DeSimone culminait à près d’un mètre 90, et de deux, là où DeVito prend une balle dans la tête pour que sa mère ne puisse pas exposer son corps lors d’une veillée funéraire, suite à sa disparition le corps de DeSimone n’a jamais été retrouvé.

14. La célèbre scène « Marrant comment ? », dans laquelle Tommy fait mine de s’en prendre à Henry après qu’il a ri d’un peu trop de bon cœur à son histoire, est inspirée d’une anecdote dont Joe Pesci a été témoin plus jeune, du temps où il travaillait dans un restaurant fréquenté par des mafieux.

C’est après l’avoir racontée à Scorsese que le réalisateur a insisté pour qu’elle soit incluse dans le film.

Remarquez que, contrairement à ce qui était prévu, la scène est cadrée en plan large afin de capturer les visages des autres acteurs présents sur le plateau qui n’ont pas pu s’empêcher de rire au moment du tournage.

15. Jusque dans les derniers mètres, Paul Sorvino n’était absolument pas sûr d’être à la hauteur dans le rôle du chef de gang Paulie Cicero, tant et si bien que trois jours avant le début du tournage il a appelé son agent pour lui demander s’il pouvait rendre son contrat.

« Je n’avais jamais joué ce genre de personnage. Je pensais que j’allais gâcher le film, que j’allais plomber ma carrière. Je n’avais aucune idée de ce que je devais faire. »

L’illumination lui est ensuite venue par le plus grand des hasards : « C’est en me regardant nouer ma cravate dans le miroir que j’ai trouvé la bonne expression. C’est arrivé d’un coup. »

16. Au sein du crew d’Henry, l’un des membres est nommé d’après un vrai gangster, Michael Franzese – il peut être vu dans la scène du bar où la caméra s’arrête sur chacun d’eux pour les présenter au spectateur (Frankie Carbone, Fat Andy, Freddy Pas de Nez, Jimmy Deux Fois, Nicky Eyes…).

Franzese a eu la surprise de découvrir cet « hommage » le jour où il a vu le film en salle avec sa femme.

Cette homonymie ne lui avait pas spécialement fait plaisir, d’une part parce qu’il était à l’époque affilié à la famille Colombo (Les Affranchis s’inspire de la famille Lucchese), et de l’autre parce que peu après il est expliqué qu’une soirée par semaine est réservée aux maîtresses de ces messieurs.

Vexé, il avait alors quitté la projection sur-le-champ.

17. Frank Dileo, l’acteur qui jour Tuddy Cicero (le frère de Paulie, celui qui tire dans le visage de Tommy), a été de 1984 à 1989 le manager de Michael Jackson !

Remercié supposément en raison des ventes jugées décevantes de Bad, Dileo a repris du service 20 ans plus tard, en 2009, quelques mois avant que Jackson ne décède.

18. L’une des deux filles d’Henry et Karen Hill est interprétée par Stella Keitel, la propre fille de Lorraine Bracco, née de son union avec l’acteur Harvey Keitel (Reservoir Dogs, Bad Lieutenant…).

19. L’entièreté des dialogues du repas entre Tommy, la mère de Tommy, Jimmy et Henry est improvisée.

La seule consigne que Scorsese avait donnée à ses acteurs était de montrer à un moment donné le tableau peint par la mère de Tommy (« Un chien qui est tourné d’un côté, et l’autre chien de l’autre »).

Interprétée par Catherine Scorsese, la mère de Martin Scorsese, cette dernière ne savait d’ailleurs même pas que son fils et ses amis cachaient un cadavre dans le coffre de leur voiture.

20. Le fameux tableau n’a cependant pas été peint par la mère de Scorsese, mais par la mère de Nicholas Pileggi, Susan Pileggi. Il s’inspire d’un portait publié en 1978 dans la revue National Geographic.

21. Après Raging Bull, c’est la deuxième fois que Joe Pesci tabasse Frank Vincent (Billy Batts) à l’écran. Vincent a ensuite pris sa revanche dans Casino cinq ans plus tard en le battant à mort à coup de batte de baseball, avant de l’enterrer au milieu d’un champ de maïs.

Bon attention, dans la vraie vie Joe Pesci et Frank Vincent étaient très potes. Musicien de formation, Vincent avait engagé Pesci dans son groupe en 1969 pour jouer de la guitare. Plus tard ils se reconvertiront dans le stand up avec un spectacle intitulé Vincent & Pesci, avant de bifurquer vers le cinéma pour faire leur premier pas dans The Death Collector, un film de gangsters (forcément).

22. Récompensé de l’Oscar du meilleur second rôle masculin, Joe Pesci s’est fendu de l’un des discours les plus brefs de l’histoire de la cérémonie« C’est tout à mon honneur. Merci. »

23. Quand Janice, la nourrice des enfants d’Henry, sort deux billets d’avion de son sac à main, le logo American Airlines est barré d’un trait noir. Ne souhaitant pas se voir associer au trafic de drogue, la compagnie aérienne avait interdit à la production d’utiliser son logo.

24. Le hold-up de la compagnie aérienne allemande Lufthansa monté par Jimmy est tout ce qu’il y a de plus réel (5 millions de dollars en cash destinées aux militaires américains stationnés en Allemagne de l’Ouest, plus 875 000 dollars en bijoux dérobés le 11 décembre 1978 à l’aéroport JFK de New York, soit à l’époque le plus gros casse jamais réalisé sur le sol américain), tout comme la vague d’exécutions qui a suivi (une dizaine d’assassinats répertoriés entre décembre 1978 et 13 juin 1979).

Soupçonné jusqu’à sa mort en 1996 d’en être l’instigateur, Jimmy Burke n’a cependant jamais été arrêté faute de preuve.

25. « Fuck » est prononcé 296 fois dans Les Affranchis, soit en moyenne deux fois par minute. Près de la moitié d’entre eux sortent de la bouche de Tommy.

26. La claque que Paulie fout à Henry à sa sortie de prison pour le mettre en garde de ne pas tremper dans le trafic de drogue a été improvisée par Paul Sorvino… d’où la réaction authentiquement surprise de Ray Liotta !

27. Dans sa toute dernière scène, Tommy dit au revoir à la mère de Martin Scorsese avant d’être exécuté par le père de Martin Scorsese.

Le réalisateur a en effet fait tourner ses deux parents dans Les Affranchis : sa mère Catherine qui joue la mère de Tommy, et son père Charles qui joue Vinnie, le prisonnier qui (ô sacrilège) met trop d’oignons dans la sauce, puis qui participe à la toute fin au guet-apens où Tommy s’en prend une en pleine tête (il n’est toutefois pas celui qui tient l’arme).

28. Si dans le film Jimmy et Henry ne peuvent pas être affranchis en raison du fait qu’ils ne sont pas 100% italiens (« On ne peut pas retrouver la trace leurs parents au pays »), depuis 2000 la règle a changé.

Dix ans après la sortie du film, la Commission (l’assemblée qui réunit les cinq grandes familles mafieuses newyorkaises) a statué qu’un père italien suffisait désormais à être intronisé en son sein.

Toujours est-il que cela ne change absolument rien aux affaires de Jimmy et d’Henry, le premier n’ayant pas une goutte de sang italien, et le père du second étant d’origine irlandaise.

29. Le procureur Edward McDonald qui à la fin convainc Karen et Henry de rejoindre le programme de protection de témoins est interprété par Edward McDonald, le procureur qui dans la vraie vie a convaincu Karen et Henry de rejoindre le programme de protection de témoins !

Dans le livre Made Men: The Story of Goodfellas de Glenn Kenny qui revient sur la genèse des Affranchis, McDonald raconte que Lorraine Bracco (Karen Hill) lui vouait une franche hostilité, non seulement pendant leurs prises, mais aussi en dehors.

« Alors que quand nous nous étions parlés en amont au téléphone, elle s’était montrée très avenante, sur le tournage elle me fusillait du regard à la moindre occasion. C’était de la haine pure et dure. »

Évidemment rien de personnel ici puisqu’il s’agissait pour Bracco de faire corps avec le ressentiment de Karen à son égard, afin de donner toute son intensité à la scène.

« Après le clap de fin elle m’a d’ailleurs immédiatement pris dans ses bras. »

30. Bien qu’à l’époque marié à Barbara De Fina, la productrice des Affranchis, Martin Scorsese a entretenu lors du tournage une liaison avec Illeana Douglas, l’actrice qui joue Rosie, la fiancée de Tommy.

31. Il existe un personnage commun aux Affranchis et à The Irishman : Jospeh ‘Crazy Joe’ Gallo.

Membre éminent de la famille Profaci/Colombo, dans Les Affranchis il est mentionné brièvement par Henry (« It was before Appalachian and before Crazy Joe decided to take on a boss and start a war », une référence à sa tentative de putsch au sein de sa propre famille), tandis que dans Irishman il apparaît en chair et en os sous les traits de Sebastian Maniscalco.

32. David Chase, le créateur des Soprano, considère « Les Affranchis comme son Coran ».

Le film est évidemment mentionné au cours de la série, comme lorsque Christopher le liste parmi les films qui ont le plus influencé son écriture (sic), ou lorsque après que Carmela mentionne que Tony préfère Le Parrain II au Le Parrain I, le père Intintola lui demande ce qu’il pense des Affranchis….

33. Parmi les innombrables connections entre Les Soprano et Les Affranchis, il en est une particulièrement subtile qui concerne Michael Imperioli (l’adolescent Spider dans Les Affranchis/Christopher Moltisanti dans Les Soprano).

Après que dans le film il se soit fait tirer dans le pied par Tommy, dans la série c’est cette fois lui qui en colle une dans le pied d’un employé de boulangerie.

En train de se tordre de douleur au sol, sa victime lui hurle alors « Motherfucker, tu m’as tiré dans le pied ! », ce à quoi le neveu de Tony lui répond « Ouais, ça arrive ».

34. Si vous êtes accro aux extraits vidéos Youtube des Soprano, et plus particulièrement ceux mis en ligne sur la chaîne Borko, plusieurs expressions des Affranchis sont reprises et parodiées en boucle dans les commentaires, dont « va chercher sa boîte à cirage » (« Now go home and get your fucking shinebox ») et « On ne pouvait rien y faire. Batts était caïd, et pasTommy » (« And there was nothing that we could do about it. Batts was a made man, and Tommy wasn’t »).

35. De l’aveu même des frères Allen et Albert Hughes, la voix off qui conclue la scène d’ouverture de Menace 2 Society (« Went into the store just to get a beer. Came out an accessory to murder and armed robbery ») est directement inspirée par celle qui conclue la scène d’ouverture des Affranchis (« Aussi loin que je me souvienne, j’ai toujours voulu être un gangster »).

36. En 2010, vingt ans après la sortie du film, Christopher Serrone qui joue Henry Hill jeune admettait être toujours reconnu pour ce rôle.

« Beaucoup de gens viennent me voir pour me dire ‘Je vous connais non ? On ne s’est pas déjà croisé quelque part ?’ »

Si par la suite de sa carrière Serrone n’a pas réussi à décrocher à nouveau un tel rôle, il joue aujourd’hui à fond de sa gloire passé sur son compte Instagram.

37. En 2014, Frank Sivero, l’acteur qui interprète le très permanenté Frankie Carbone a poursuivi les Simpson à hauteur de 250 millions de dollars au motif que dans la série le personnage de Louie, l’homme de main de Gros Tony, est une caricature de Carbone – jugez plutôt.

En 2018, la justice californienne a débouté Sivero arguant notamment qu’être « simpsonisé » implique une distorsion créative et artistique telle avec la réalité (la peau jaune, pas de menton, pas de sourcil, une voix aigüe…) qu’il ne peut se prévaloir du moindre préjudice relatif à son droit l’image.

Décidément, le crime ne paie pas.

38. Henry Hill n’a jamais lu une ligne du livre de Nicholas Pileggi.

« Je n’en ai pas besoin. Tout ce qui est dedans, c’est moi qui l’aie raconté – pourquoi le lirais-je ? »

39. Le tout dernier plan du film, celui où Joe Pesci tire des coups de feu face caméra, rend hommage au dernier plan du Vol du grand rapide, le tout premier western de cinéma sorti en 1903.

40. Pour Martin Scorsese, la morale des Affranchis, c’est qu’il n’y a pas de morale.

« C’est un film complétement amoral. Vous avez 8 ou 9 ans, des personnes vous traitent avec certains égards parce que vous vivez près de chez elles. Vous devenez adolescent, puis adulte, vous commencez à comprendre que ce qu’ils font de leurs journées, mais au fond vous vous conservez l’estime et l’affection que vous aviez pour eux plus jeune. C’est ce dilemme que je voulais montrer à l’écran. »





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Written by ZONETREIZE.FR

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