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7 Jaws en voit de toutes les couleurs


 

Depuis son premier projet aux teintes japonisantes en 2016, Nekketsu Trap, c’est peu dire que 7 Jaws a fait du chemin. Capable de rapper sévèrement, comme de faire siennes les ritournelles les plus pop, il propose avec Je vois les couleurs un album qui en met plein la vue. Tourné vers les autres, toujours à l’écoute, le rappeur originaire de Sarrebourg s’adresse à tous avec ce projet dévoilé le 7 mai dernier. 

Epaulé par Vald, Bigflo ou encore Captaine Roshi, l’artiste s’est tout permis ou presque, mais toujours avec un même credo : essayer d’être une meilleure personne. Focus là-dessus, en compagnie du principal intéressé. 

On te suit depuis tes premiers projets qui étaient assez conceptuels (références à Jules Verne, au Japon, etc)… Mais « Je vois les couleurs » est un album beaucoup plus ouvert, à tous les niveaux. Comment tu expliques ce changement ?

J’ai essayé de changer de point de vue dans cet album-là. Les précédents projets étaient plus faits sur l’instant, j’avais besoin d’exprimer plein de choses sans forcément essayer de les mettre particulièrement en forme. C’était des pulsions, j’écrivais et j’envoyais… ça faisait des sons qu’on validait, dont on était satisfait. Là j’ai vraiment essayé d’évoluer. Plutôt que d’écrire seulement pour moi, j’ai voulu voir ce que ça pouvait donnait avec ceux que les autres vivent. Maintenant, je rappe pour moi, mais aussi pour les autres. 

Parfois, c’est en parlant de toi que tu touches le mieux les auditeurs. 

Finalement, tu te rends compte que beaucoup de gens vivent les mêmes trucs que toi. J’ai aussi compris que je pouvais aider certaines personnes grâce aux réseaux sociaux. On m’envoie pas mal de messages et je peux voir que parfois, ma musique peut simplement aider à faire passer un bon moment et encore un peu plus. Là, je me sens vraiment utile du coup. Dans la vie c’est pareil, j’ai tissé des relations avec des gens qui ne bossent pas dans la musique, qui font des boulots durs, comme dans le bâtiment. J’ai un ami, Léo, je lui disais pendant le premier confinement que j’avais l’impression de ne servir à rien face à un mec qui fait par exemple des routes ou des maisons. Il m’a répondu qu’à six heures du matin, c’est toujours cool d’avoir de la bonne musique dans le camion. J’ai donc essayé d’apporter ce côté-là à ma musique, un délire parfois plus léger, mais qui peut faire plaisir à pas mal de monde. Au niveau personnel, ma musique me sert déjà énormément. J’ai toujours eu besoin de ça, de cet exutoire. Après, si elle peut servie à d’autres personnes, tant mieux ! 

Comment tu vis le fait d’être un rappeur plus exposé, d’avoir des fans qui t’envoient des messages comme tu l’expliquais plus tôt ? 

Je me rends compte que j’apporte à des gens et qu’ils m’apportent aussi énormément. Ce n’est pas un délire à sens unique, je vois ça comme un réel échange. Si tu reçois de la force, c’est que tu en donnes aussi. Puis c’est quelque chose qui fait toujours du bien, que ça vienne de la musique ou non. Quand tu reçois un message un peu personnalisé, ça peut te refaire une journée. C’est comme croiser un sourire, ça peut te mettre bien. J’ai ouvert mes DM à tous le monde et j’essaye de lire. Parfois, même si je ne réponds pas, j’y prête attention. Aujourd’hui, il y a beaucoup de jeunes qui n’ont pas grand monde à qui parler… Avant la COVID, il y avait déjà plein de problèmes, notamment des jeunes qui ne trouvent pas leur place. Mon message, c’est de dire d’avancer vers ses passions, s’en approcher au maximum. J’essaye juste de donner un peu de force comme ça. Je ne me sens pas forcément responsable, mais j’essaye d’être utile à mon niveau.

Cela rejoint un des thèmes de ton album : comment essayer d’être une meilleure personne ? 

C’est le but d’une vie, mais aussi un truc qui te suit tous les jours. C’était déjà présent dans ma vie bien avant la musique et le rap. J’ai juste envie d’être quelqu’un de bien et de rencontrer des gens bien aussi, parfois ce ne sont pas ceux qui font le plus de bruit. Je pense que ça concerne beaucoup de monde, même si on a des failles. Il faut se le répéter jusqu’à ce que ça fonctionne, que ça s’imprime. La seule façon de réussir sa vie, c’est de rencontrer un entourage, des personnes qui te veulent du bien et vice-versa. Réussir professionnellement, c’est triste. Réussir financièrement, c’est triste aussi. En gros, tu réussis quand t’es avec des gens avec qui t’es bien. Après, faut faire des choix mais les rencontres, c’est ce qui nous enrichit. 

Autre thème bien présent dans cet opus, celui de la lutte contre ses propres démons. 

C’est un thème qui va avec le précédent. Lutter pour le meilleur, c’est lié à l’idée qu’on vient d’aborder. On fait ça en s’affrontant, en allant vers l’avant, en faisant preuve de résilience… Faut voir les choses en face, ne pas faire l’autruche et affronter ce qui nous fait peur. 

Est-ce que c’est tout ça qui te fait aller vers une musique de plus en plus ouverte, voire complètement pop ? 

C’est possible que ça vienne de là. C’est probable même (rires). J’ai eu envie de kiffer, à la base je suis juste un mec qui a voulu faire du son toute sa vie. J’en suis arrivé à un point où c’est mon travail, mais je ne vais pas me gêner. Des fois, ça peut poser un problème de cohérence, mais le travail sur les morceaux permet de rattraper tout ça et de faire un tout qui fonctionne, de kiffer tout en passant d’un extrême à un autre. On expérimente, mais on essaye de faire les choses bien. Faut pas se mettre des barrières… Même si c’est bien pour certains projets de se fixer une ligne, c’est toujours un kiff de se libérer de ses propres codes, d’essayer autre chose, de bosser avec de nouvelles personnes. 

Justement, comment tu t’es organisé pour enregistrer ton album en cette période compliquée ?

On a eu la chance d’avoir de magnifiques attestations qui nous permettent d’aller au studio (rires). D’habitude, on se sert souvent de ce qu’on vit, là par exemple tu ne peux plus voyager. Mais pour cet album, j’ai vécu les choses beaucoup plus intérieurement. J’ai intériorisé plein de choses, j’ai fait un chemin intérieur en me posant des questions, en allant dans le passé et en posant… Mais je pense que côté inspiration, je ne souhaite pas une autre période comme ça (rires). Après, on ne va pas se mentir, on a quand même vu des amis, toujours en faisant attention. Je me suis connecté avec pas mal de personnes qui ne bossent pas dans la musique. Moi, je mesure la chance que j’ai, c’est inestimable et quand tu parles avec des gens qui font des métiers plus durs, ça te remet les idées en place. Des vraies histoires, des vraies discussions, c’est ce qui te permet les pieds sur terre. Mon inspiration vient aussi de là. 

Et côté musical, tu as collaboré avec Seezy et d’autres ? 

On a fait attention avec Seezy à ne plus reproduire ce qui a déjà été fait par le passé (le projet RAGE, dévoilé en 2020 ndlr), pour aller vers de nouvelles choses. C’est quelqu’un qui avance toujours, là par exemple il est en train de bosser à fond sur le piano… Pour la guitare, il y a eu Felipe Saldivia qui a bossé pour Kendji Girac. On peut citer aussi Fred Savio qui a travaillé avec Soprano, Amir… ça ouvre le champ des possibles. Pour les prods très rap, il y a eu Drama State, qu’on a pu voir avec SCH, Timal… 

Car oui, il y a de la pop, mais aussi du rap, il faut le rappeler. 

C’est clair qu’à un moment de l’enregistrement, je me suis presque pris pour le roi de la pop (rires). Je m’y étais mis à fond, en écoutant Charlie XCX, Oklou, Caroline Polachek tout le temps… J’étais en mode « ne me parlez plus de rap » (rires), j’étais dans un véritable délire. Le retournement de situation s’est fait au moment de recevoir une prod de Drama State. C’était du pur boom bap, je me sentais en cabine comme Mister You car de base, c’est là d’où je viens. C’était un processus, après les moments pop, j’avais faim de rap. 

D’ailleurs, les featurings reflètent les différentes couleurs de l’album, entre pur rap et pop. 

Ce ne sont que des feats humains, pas là pour le business. Avec Vald, la connexion s’est faite grâce à Seezy. C’est quelqu’un que j’apprécie énormément et que j’admire. Pareil pour Bigflo, c’est le premier artiste à m’avoir fait des passes. Captaine Roshi, je le connais depuis longtemps, c’est le premier gars avec qui je traînais quand je suis arrivé à Paris. On était tous le deux sur soundcloud et on a même partagé plein de petites scènes. 

Tu parles beaucoup de changement… Qu’est-ce qui a changé depuis tes débuts ? 

Même moi je me dis que j’ai changé, je le vois, pas besoin qu’on me le dise. Le fait d’avoir travaillé, puis ensuite non, ça va avec ça. Là, cela fait 5 ans que je me couche à n’importe quelle heure. Il y a du bon et du mauvais là-dedans, mais j’essaye de tout faire pour être une meilleure personne. C’est complexe, il faut accepter de changer, mais tout en restant soi-même. 

Dernière question enfin, celle de la scène. Cela revient aussi dans ton projet, l’envie de partager des choses avec ton public. 

Parfois, je regarde les archives de mes stories insta et c’est irréel. Cela fait beaucoup trop longtemps qu’on n’est pas monté sur scène. Tu regardes certaines images et tu te dis que ces moments-là étaient fous, magiques… Alors qu’en vrai, c’était la norme. Cela manque autant aux artistes qu’au public, on attend tous que ça revienne ! Pour moi, la scène c’est le meilleur moment dans la vie d’un artiste, c’est la concrétisation de tous tes choix, un instant de partage… Là, le prochain concert je vais chialer comme une merde, c’est pas possible (rires).   

 

 

 

 



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